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Saint-Restitut, Jean-Marc Ricard mardi 29 septembre 2026

Jean-Marc a conduit 25 randofavétains sur ce  parcours particulièrement riche de l'histoire du Tricastin et du massif de Barry.

Un itinéraire dans la Drôme , au départ de Saint-Restitut , de 14 km,  et +440 m.

Merci à Jean-Marc pour cette belle journée découverte.

 

Une randonnée à travers plusieurs millénaires

Cette boucle est donc bien davantage qu'une simple randonnée dans la garrigue. En quelques heures de marche, elle fait traverser plusieurs grandes périodes de l'histoire régionale : traces de populations préhistoriques, occupations antiques, carrières de pierre, monde médiéval des châteaux et des évêques, architecture religieuse, habitat troglodytique et activité des carriers.

Le fil conducteur de toute la randonnée est incontestablement la pierre : roche qui a servi de refuge aux habitants de Barry, matériau des chapelles et des villages, ressource économique exploitée par les carriers et finalement paysage lui-même, transformé par des siècles d'activité humaine.

 

Randonnée  autour de Saint-Restitut, Sainte-Juste et du massif de Barry : SUR LE chemin des Carriers

Saint-Restitut, un village marqué par la pierre et l'histoire

Le départ de la randonnée s'effectue à Saint-Restitut, village perché de la Drôme provençale dominant la plaine du Tricastin. Son histoire est étroitement liée à la fois à la religion et à l'exploitation de la célèbre « pierre du Midi », un calcaire tendre et clair qui a fourni pendant des siècles les matériaux de construction de nombreux édifices de la région.

Le village doit son nom à Saint Restitut. La tradition locale a assimilé ce personnage à l'aveugle-né guéri par Jésus dans l'Évangile de Jean. Une tour funéraire aurait été édifiée au XIe siècle sur son tombeau, avant que l'église romane actuelle ne lui soit accolée au siècle suivant. 

Les alentours conservent également la trace d'une occupation beaucoup plus ancienne : oppida protohistoriques, vestiges antiques et carrières exploitées depuis une époque ancienne témoignent de la situation privilégiée de ce plateau au-dessus de la vallée du Rhône. 

1. La chapelle du Saint-Sépulcre

En quittant Saint-Restitut, on rejoint rapidement l'un des édifices les plus remarquables de la randonnée : la chapelle du Saint-Sépulcre.

Isolée sur son plateau rocheux, elle surprend immédiatement par son architecture. Elle fut édifiée en 1508 par Guillaume Adhémar, évêque du Tricastin, après son retour de Terre sainte. Son plan hexagonal est inspiré de la rotonde du Saint-Sépulcre de Jérusalem, telle qu'elle était connue à l'époque des croisades. Ses six côtés sont formés par de puissants contreforts qui lui donnent une silhouette inhabituelle. 

De style gothique tardif, la chapelle est aujourd'hui classée Monument historique depuis 1908.

C'est un beau point de départ pour comprendre le caractère de cette randonnée : ici, la pierre locale sert aussi bien à construire les monuments religieux qu'à façonner tout le paysage.

2. La chapelle Sainte-Juste

Le parcours gagne ensuite le plateau en direction de Sainte-Juste, dominant Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Au Moyen Âge, cette hauteur était appelée Tutela. Elle appartenait à l'évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux et représentait donc aussi son pouvoir temporel sur le territoire.

Une église rurale dédiée à la Vierge Marie et à saint Jean est mentionnée dès 1325, sous le pontificat de Jean XXII. Avant le XVIe siècle, elle prend le nom de Sainte-Juste, en référence à une martyre chrétienne de Séville particulièrement honorée dans le diocèse. Des processions montèrent jusqu'à la chapelle jusque dans les années 1950. 

L'édifice visible aujourd'hui est plus récent et a connu plusieurs transformations et restaurations. À proximité demeurent cependant des traces plus anciennes : sarcophages médiévaux creusés directement dans le rocher et ancienne carrière de sarcophages monolithes. 

Cette présence rappelle que le plateau n'était pas seulement un lieu religieux : la pierre y constituait une véritable richesse économique.

3. Les carrières de Sainte-Juste

On pénètre ensuite dans l'un des paysages les plus impressionnants du circuit : les carrières de Sainte-Juste.

Le sous-sol du massif est constitué notamment d'une molasse calcaire du Miocène, communément appelée pierre du Midi. Facile à travailler lorsqu'elle vient d'être extraite, elle durcit progressivement à l'air et présente une teinte claire caractéristique.

Cette pierre fut largement utilisée dans les constructions de Saint-Restitut, Saint-Paul-Trois-Châteaux et des environs. Le massif de Barry possède de nombreux secteurs d'extraction, certains exploités depuis l'Antiquité. 

En parcourant les anciennes carrières, le randonneur peut encore observer les fronts de taille, traces d'outils et chemins creusés par les passages répétés des charrois.

Ces carrières permettent d'imaginer le travail extrêmement physique des carriers qui, pendant des générations, ont découpé et extrait de lourds blocs avant leur transport vers les chantiers.

4. Les « caves cathédrales »

La randonnée conduit ensuite vers un site particulièrement spectaculaire : les caves cathédrales.

Malgré leur nom, il ne s'agit évidemment pas de cavités naturelles ni de véritables édifices religieux. Ce sont les immenses volumes laissés par l'exploitation souterraine de la pierre.

À force d'extraire les blocs tout en conservant de puissants piliers rocheux pour soutenir le plafond, les carriers ont créé de vastes salles aux proportions monumentales. Leur hauteur et leurs alignements évoquent les nefs d'une cathédrale, d'où leur appellation.

Certaines de ces anciennes carrières souterraines ont ensuite trouvé une nouvelle utilisation, notamment comme caves de vieillissement pour le vin, grâce à leur température et leur hygrométrie relativement constantes.

Cette partie du parcours est probablement celle qui illustre le mieux l'influence de l'activité humaine sur le paysage : ici, des générations de carriers ont littéralement creusé la montagne.

5. Le château de Barry

Le chemin poursuit sa traversée du massif jusqu'aux vestiges du château de Barry, installé sur un point stratégique dominant la vallée.

Un château est attesté au Moyen Âge. Les documents citent au XIIe siècle plusieurs personnages portant le nom de Barre ou Barry. Le fief passa ensuite notamment à la puissante famille des Adhémar avant d'être acquis au XIIIe siècle par le prieur de Bollène. 

Le château protégeait un emplacement particulièrement stratégique, dominant les voies de circulation de la vallée du Rhône.

Sa destruction pourrait dater de la fin du XIVe siècle, période troublée durant laquelle les troupes de Raimond de Turenne ravagèrent plusieurs secteurs de la région. 

Il ne subsiste aujourd'hui que des ruines, mais elles permettent encore de comprendre la disposition défensive du site et son intérêt stratégique.

6. Le village troglodytique de Barry

Sous l'ancien village médiéval s'étend le site le plus étonnant de la randonnée : le village troglodytique de Barry.

Le massif a connu une présence humaine extrêmement ancienne. La Fondation du patrimoine indique que le site fut fréquenté depuis le Néolithique jusqu'au XXe siècle. 

Les habitants ont profité de la nature relativement tendre de la roche pour creuser directement leurs logements dans la falaise. Certaines habitations comportaient une pièce principale, plusieurs alcôves, une cheminée, un évier ainsi que des dépendances. Des citernes permettaient de conserver l'eau et des espaces étaient aménagés pour les animaux. 

Au fil des siècles, le site devint donc un étonnant mélange de grottes aménagées, maisons construites contre la roche, murs de pierre sèche, calades et terrasses agricoles.

Le village médiéval proprement dit était situé plus haut sur l'éperon rocheux, sous la protection du château.

Le site a été progressivement abandonné, notamment en raison de la fragilité de la roche et des risques d'éboulement. Après d'importants travaux de sauvegarde et de sécurisation entrepris à partir de 2020, l'association Barry-Aeria indique que le village troglodytique a officiellement rouvert au public en 2026. 

La randonnée permet ainsi de parcourir un lieu où se superposent plusieurs milliers d'années d'occupation humaine.

7. Le fort — ou château — de Chabrières

La dernière grande étape historique est le fortin de Chabrières, également appelé parfois château de Chabrières.

Installé sur une barre rocheuse dominant la vallée du Lauzon, à environ 300 mètres d'altitude, il occupait lui aussi une position défensive remarquable. 

Il s'agissait davantage d'un petit fort médiéval destiné à protéger ses occupants que d'un vaste château seigneurial. Son origine est généralement située autour des XIe-XIIe siècles. 

Au XIIe siècle apparaît une famille portant le nom de Chabrières. Le fief change ensuite plusieurs fois de propriétaire avant de relever du prieuré de Bollène à partir de la fin du XIVe siècle. 

Depuis ses ruines, la vue permet de comprendre pourquoi ce lieu avait été choisi : le regard porte très loin sur la plaine, les reliefs vauclusiens, la vallée du Rhône et, selon les points du parcours, vers les Dentelles de Montmirail.

 

 

 

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Marcel M.