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Saint-Saturnin-lès-Apt, Marcello mardi 27 octobre 2026

Une très agréable température  pour cette rando de 14km500 et +450 m de dénivelé, et une belle participation de 24 randoFétains .

 

Le sentier des Aiguiers est bien davantage qu'une jolie randonnée dans les Monts de Vaucluse. C'est un voyage dans la vie paysanne des XVIIIe et XIXe siècles, à une époque où l'eau était une richesse précieuse et où les habitants avaient appris à tirer parti de la moindre pluie.

A 9h45 nous partons à la découverte d'un patrimoine assez exceptionnel, celui des aiguiers de Saint-Saturnin-lès-Apt.

Les monts de Vaucluse sont un massif calcaire où l'eau est paradoxalement très présente dans le sous-sol, mais extrêmement rare en surface.

Pendant des siècles, les paysans, les bergers et les habitants de ces collines ont dû faire preuve d'une grande ingéniosité pour récupérer et conserver cette eau indispensable à leur survie.

Ils ont donc creusé dans la roche des réservoirs appelés aiguiers, aménagé des rigoles pour récupérer les eaux de pluie et construit des abris en pierre sèche.

Ces ouvrages, parfois vieux de plus de deux siècles, racontent l'histoire d'une Provence rurale aujourd'hui presque disparue.

Nos ancêtres vivaient dans ces collines, élevaient leurs troupeaux, cultivaient leurs terres et géraient cette ressource essentielle : l'eau. 

Qu'est-ce qu'un aiguier ?

Le mot aiguier vient du provençal aigo, qui signifie « eau ».

Un aiguier est une citerne creusée par l'homme directement dans le calcaire, destinée à récupérer et conserver les eaux de pluie. Certains sont à ciel ouvert, d'autres protégés par une construction en pierre sèche.

 

Comment fonctionnaient-ils ?

Le système était remarquablement ingénieux :

  1. On choisissait une dalle de calcaire légèrement inclinée.
  2. On creusait des rigoles pour diriger les eaux de ruissellement.
  3. L'eau était conduite vers un bassin taillé dans la roche.
  4. Certains bassins étaient couverts pour limiter l'évaporation et les salissures.
  5. On puisait ensuite l'eau pour les animaux ou les besoins domestiques.

La surface rocheuse qui recueillait la pluie est appelée impluvium.

Ce dispositif était d'autant plus précieux que le calcaire est fissuré et laisse rapidement pénétrer l'eau dans le sous-sol.

Les anciens avaient compris quelque chose d'essentiel : il ne suffisait pas d'attendre la pluie, il fallait surtout l'empêcher de disparaître dans la montagne ! »

 

Quand les aiguiers ont-ils été construits ?

La majorité des aiguiers encore visibles aujourd'hui remonte à la fin du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle.

C'est une époque où les campagnes sont très peuplées. Chaque parcelle cultivable est exploitée et les troupeaux occupent une place importante dans l'économie locale.

Les recherches menées en 1985 et 1986 par l'APARE et l'association de randonnée de Saint-Saturnin ont permis de recenser 150 aiguiers sur les communes de Saint-Saturnin-lès-Apt et Villars.

Les inscriptions retrouvées sur certains ouvrages portent des dates comprises entre 1812 et 1906.

La construction de nouveaux aiguiers décline ensuite, notamment après la Première Guerre mondiale, avec l'exode rural et le recul des activités agricoles traditionnelles.

La vie des habitants dans les collines

Aujourd'hui, nous marchons souvent sous les chênes et les pins. Mais au XIXe siècle, une partie importante des terrains était cultivée, pâturée ou exploitée pour le bois.

Ces terrains ou claparèdes étaient parsemés d'amas de pierres ou clapas

Les familles vivaient notamment de l'élevage ovin, de petites cultures vivrières, de la production de bois de chauffage et du charbon de bois.

L'eau des aiguiers servait principalement à abreuver les troupeaux. Elle pouvait aussi être utilisée pour les petits potagers et certains travaux domestiques.

L'eau destinée à la boisson était plutôt prélevée dans des citernes mieux protégées, notamment celles alimentées par les toitures.

Les principaux sites sur la randonnée

-Les aiguiers Bessons:

Bessoun signifie « jumeaux » en provençal. L'un des bassins est partagé par une arche de roche. Celle-ci devait probablement soutenir deux couvertures en pierre sèche.

On observe les rigoles et les marches creusées pour accéder à la citerne.

Les marches avaient plusieurs fonctions, notamment permettre à un animal tombé dans le bassin d'en ressortir.

En 1877, la France était sous la IIIe République. Les paysans construisaient encore ici des installations indispensables à leur quotidien.

- Les aiguiers de Barralié

Ici, une citerne est divisée par une arche soutenant deux voûtes de pierre sèche.

Cette couverture protégeait l'eau des feuilles, de la terre, des animaux et du soleil. Elle limitait aussi l'évaporation.

Les bâtisseurs utilisaient une technique ancienne, sans béton ni armature métallique, uniquement avec la pierre et une excellente maîtrise des équilibres.

 -Les aiguiers de Travignon

Ensemble remarquable de quatre aiguiers, dont deux couverts par des voûtes en berceau.

Ils alimentaient les troupeaux ainsi que le hameau de Travignon, qui comptait encore une trentaine d'habitants en 1914. Deux ouvrages couverts ont été restaurés en 1993.

Ces réservoirs témoignent de l'existence d'une communauté humaine vivant en permanence sur ces hauteurs.

Les bories : ces constructions sans ciment

         

Au fil du chemin, nous rencontrons également des bories, ces cabanes construites avec des pierres ramassées sur place.

Les pierres étaient disposées en assises successives, chaque rangée avançant légèrement vers l'intérieur. On obtenait ainsi une couverture dite en encorbellement.

Ces cabanes servaient d'abris temporaires, de refuges contre les intempéries, de lieux de rangement ou d'annexes agricoles.

Pourquoi l'eau disparaît-elle si rapidement dans ces montagnes ?

Les monts de Vaucluse sont formés principalement de roches calcaires. Avec le temps, l'eau de pluie, légèrement acide, dissout le calcaire et agrandit les fissures.

Cela forme un relief dit karstique, avec des cavités, des gouffres et des circulations souterraines.

Une partie des eaux infiltrées dans les monts de Vaucluse contribue à alimenter les grands réseaux souterrains du massif, dont celui de Fontaine-de-Vaucluse.

Un paysage qui a beaucoup changé

Il y a un siècle et demi, les collines étaient bien plus exploitées qu'aujourd'hui.

Les troupeaux entretenaient les pâturages, les habitants défrichaient des parcelles et utilisaient le bois pour se chauffer ou fabriquer du charbon.

Avec le départ progressif des populations rurales, les parcelles ont été abandonnées et les boisements ont regagné du terrain.

Le paysage actuel, qui nous paraît si naturel, résulte donc en partie de l'abandon d'anciennes activités agricoles.

Conclusion 

« Notre promenade nous a permis de découvrir bien plus que de simples réserves d'eau.

Ces aiguiers sont les témoins d'une époque où l'homme devait s'adapter à son environnement avec les moyens dont il disposait.

Ils nous parlent d'ingéniosité, de patience, de travail et surtout d'une formidable capacité à économiser les ressources naturelles.

Aujourd'hui, alors que les périodes de sécheresse se multiplient, ces ouvrages construits il y a parfois plus de 200 ans nous rappellent que l'eau n'a jamais été une richesse acquise.

Finalement, nos anciens pratiquaient déjà, par nécessité, ce que nous appelons aujourd'hui une gestion économe de l'eau ! »

 

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Marcel M.